Pénurie de carburant : les raffineurs en grève gagnent-ils vraiment 5000 € ? Les explications

TotalEnergies n'a pas dit la vérité ? Les salaires annoncés ne sont pas la réalité. Un opérateur montre sa fiche de paie.

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Selon un syndicat et de nombreux employés, le salaire des raffineurs est plus bas que celui déclaré par le fournisseur de carburant, TotalEnergies

Pénurie de carburant : TotalEnergies arrange les chiffres sur les salaires annoncés ?

La déclaration de TotalEnergies a engendré une grande polémique. L’entreprise a annoncé ce dimanche dans un communiqué de presse que la rémunération moyenne de ses salariés était de « 5.000 euros par mois ». Selon les principaux concernés, cette déclaration est fausse. Une journaliste a même partagé la fiche de paie d’un opérateur sur les réseaux sociaux. À côté de ça, les automobilistes en colère s’expriment sur la Toile et reprochent aux salariés des raffineries de faire grève et de bloquer le carburant. Une situation qui met en grande difficulté les Français.

Carburant : une situation catastrophique à la pompe

Le monde d’après, c’est une file interminable pour arriver à la pompe et des automobilistes sur les nerfs qui deviennent violents. En effet, certains viennent avec des jerricans et il n’y en a plus assez pour les autres. Le carburant devient une denrée rare et chère. Par exemple, dimanche dernier, 30 % des stations-service étaient impactées par la pénurie, selon le ministère de la Transition énergétique. Le problème est en partie dû à la grève qui a commencé le 21 septembre dernier. Les salariés réclament à TotalEnergies et Esso-ExxonMobil une hausse de leur rémunération. Ensuite, TotalEnergies a publié un communiqué où il indiquait « le salaire minimum de 5.000 euros ». 

Alors, les internautes se lâchent sur Twitter. En effet, ils estiment que la grève n’est pas légitime et que les salariés compliquent le quotidien des Français alors qu’ils ont une rémunération déjà plus élevée que la moyenne en France. Mais, ce n’est pas tout à fait la réalité. L’entreprise publie « un rappel des mesures sociales prises pour 2022 ». Dans le paragraphe, on apprend que « les salariés français du Socle Social Commun » ont reçu une hausse moyenne de +3,5 % en 2022. Ils ont aussi reçu une prime d’intéressement moyenne de 9 108 euros, avec une somme minimum de 7 250 euros. Sur Twitter, cette donnée a été changée par un « un salaire minimum de 5.000 € ».

Dans le communiqué, le fournisseur de carburant explique qu’il veut « permettre le bon approvisionnement du pays ». Donc, il a déclaré qu’il allait faire avancer les négociations annuelles « sous réserve de la fin des blocages des dépôts et de l’accord de l’ensemble des partenaires sociaux ». Ainsi, à la place d’octobre, les négociations auront lieu en octobre. Par ailleurs, le patron de TotalEnergies a aussi été visé. En effet, Patrick Pouyanné se serait attribué une hausse de salaire de 52 % l’année dernière. « Salaire annuel 5.9 millions », peut-on lire sur Twitter. Qui dit vrai ? On vous partage le point de nos confrères de 20 Minutes.

On peut faire dire ce qu’on veut aux chiffres…

Tout dépend comment on analyse les chiffres. Le salaire minimum ne correspond pas au salaire moyen. Le salaire moyen prend en compte les plus hauts salaires comme celui du PDG. Donc, il s’agit d’une moyenne qui ne prend pas en compte les écarts. En plus, le salaire minimum intègre l’intéressement précisé ci-dessus.

Donc, pour le fournisseur de carburant, il aurait été plus logique de comparer les salaires à travers la médiane. C’est-à-dire en divisant deux groupes. Un groupe avec ceux qui gagnent plus que le salaire médian et à l’inverse, ceux qui sont en dessous. D’après l’Institut National de la Statistique et des Études Économiques (INSEE), le salaire moyen des Français est de 2 518 euros net par mois en 2020. La rémunération médiane arrive la même année à 2 005 euros net. Les journalistes de 20 Minutes ont pris contact avec TotalEnergies pour leur poser plus de questions précises, mais l’entreprise n’a pas accepté d’y répondre.

Ce lundi, c’était l’Assemblée générale de TotalEnergies. Patricia Lionnet, une journaliste de Paris Normandie a réussi à obtenir la fiche de salaire d’un opérateur qu’elle n’a pas hésité à partager sur Twitter comme vous pouvez le voir ci-dessous. L’employé gagne « avec responsabilités » 2 900 euros brut. Une information validée par le Secrétaire général FNIC-CGT. Sur la radio RTL, Emmanuel Lépine avait réfuté le chiffre déclaré par Total et ciblait plutôt des salaires « aux alentours de 3.000 euros », mais pour « des postes à très hautes qualifications ».

 

Une augmentation colossale pour les actionnaires et le PDG

Sur la Toile, les avis sont partagés. Certains internautes n’en peuvent plus et ils trouvent que les demandes des salariés de Total sont choquantes. Pour d’autres, leurs revendications sont légitimes, car la société a aussi largement augmenté les dividendes des actionnaires, en mettant de côté les salariés. Fin septembre, le fournisseur de carburant déclarait un « bilan très solide » pour l’année et a accordé « un acompte » de 2,62 milliards d’euros à ses actionnaires.

Pour revenir au salaire de Patrick Pouyanné, celui-ci a grimpé en flèche. Il est passé de 3,9 à 5,9 millions d’euros au printemps dernier… Ainsi, on peut comprendre qu’à côté de ça, une haute de salaire de 10 % pour 2022, dont « 7 % pour l’inflation et 3 % pour le partage de la richesse » n’est pas une demande exagérée de la part des salariés. « Les résultats de la compagnie sont exceptionnels en 2022 et nous ne vous oublierons pas », a annoncé Patrick Pouyanné vendredi dernier avant de souligner : « Tous les collaborateurs, tous nos collègues recevront leur juste récompense sur leur fiche de paie avant la fin de l’année ». Affaire à suivre !

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