Depuis cette semaine, vous ne consommerez plus de poissons français, les explications

Bien que le pays européen soit une puissance maritime reconnue, il ne produit qu'un tiers des poissons qu'il consomme. Les deux tiers restants sont issus de l'importation. Une démarche vivement critiquée par différentes associations et ONG qui appellent la population française à mieux manger, surtout quand on sait que certains poissons sont issus d'élevage intensif.

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Plus de poissons français le 2 mai 2022 ? 

Ce n’est pas tout à fait exact. Après le 2 mai, vous pouvez toujours trouver dans les rayons de votre supermarché des poissons français qui ne sont pas issus de l’importation. Cette date est simplement celle donnée par un calcul effectué par l’Aquaculture Stewardship Council (ASC) qui se penche sur le fait que les importations représentent deux tiers de la consommation française : 

«Transposé à une année, cela signifie qu’au-delà du 2 mai, tous les poissons consommés en France, sont issus de l’importation. Ainsi, si les consommateurs n’achetaient que du poisson produit localement, les rayons seraient vides en mai», qui n’hésite pas à pointer du doigt un certain paradoxe, puisque la France jouit d’un statut de grande puissance maritime. «Il y a une image d’Epinal de la France, vue comme un pays qui produit beaucoup de pêche, dont le poisson qu’on trouve sur les étals viendrait d’un petit pêcheur, alors que ce qu’on consomme est majoritairement importé, et un tiers vient de l’aquaculture».

Chaque année, ces dates qui sont le résultat de calculs tombent. Au niveau européen, c’est au mois de juillet qu’elle tombe habituellement. En France, c’est la première fois que cette date arrive si tôt dans l’année. En 2018, c’était le 21 mai. 

Les poissons préférés des Français posent problème 

La France est le pays européen qui consomme le plus de saumons. Pour autant, « on compte un seul élevage en activité en France, à Cherbourg. Il faut bien que le saumon vienne de quelque part« . Il vient généralement de Norvège, qui est le premier producteur mondial de ce poisson si apprécié. Et même si le projet de créer des fermes en France est d’actualité, ce n’est pas tant cela qui pose problème. Il faudrait plutôt une remise en question des habitudes alimentaires : 

«Que l’élevage soit fait en Norvège, au Chili, en Ecosse ou en France, on a les mêmes problèmes. L’idée, c’est certes de relocaliser mais surtout d’en manger beaucoup moins. Avant le saumon, c’était simplement à Noël, aujourd’hui on ne trouve pas une boulangerie qui ne propose pas un sandwich au saumon». En effet, chaque français mange en moyenne près de trois kilos de saumon par an

Le problème, c’est que les autres poissons favoris des français ne sont pas issus de la pêche française : «Tout le thon en boîte ou dans les sushis est en grande partie importé. Il est pêché en Afrique de l’Ouest, dans les océans Indien et Pacifique, débarqué et transformé aux Seychelles, à l’île Maurice et à Madagascar». Difficile de ne pas voir la France comme un mauvais élève. 

Privilégier d’autres poissons, est-ce la solution ?

A en croire la consommation des français, peu de poissons peuplent les océans. Et pourtant, les pêcheurs ramènent quantité de différentes espèces. 

«On pourrait consommer une diversité importante d’espèces en France. Nos pêcheurs capturent plein de poissons que personne ne connaît comme le tacaud, le lieu jaune ou le merlu, qui ne sont pas bien valorisés [sur les étals] car plus difficiles à cuisiner. En alternative au saumon, on a aussi des truites élevées en France, dans des élevages beaucoup plus petits». 

La grande distribution aurait sa part de responsabilité, puisqu’elle met en avant certains poissons plutôt que d’autres et joue la carte de la facilité avec les poissons les plus achetés, alors que d’autres moins connus méritent d’être achetés : «Elle a fait le choix de mettre en avant deux ou trois espèces seulement, parce qu’ils savent qu’ils en auront toute l’année. Par exemple, en saumon, une poignée d’élevages fait l’essentiel de la production et ils ont la garantie qu’ils vont avoir le même produit, la même qualité, la même couleur, toute l’année.»

Le calcul annonçant qu’à partir du 2 mai, la France ne consomme plus de poissons français, est fait pour éveiller les consciences. Pour changer les habitudes alimentaires. Pour que les Français choisissent mieux ce qu’ils achètent et réfléchissent à l’impact de leur achat sur le globe, sur la cause animale.