Christophe Leroy livre sa version des faits sur les dîners clandestins, « J’ai créé un club privé »

Mis en cause dans l’affaire des dîners clandestins, le chef cuisinier vient de passer plusieurs heures en garde à vue.

© Domine Jerome/ABACA

Dimanche 11 avril, Christophe Leroy s’est longuement exprimé sur BFMTV. Il a déclaré que le lieu qu’il gérait n’était pas un restaurant mais un « club privé ». Est-ce que son témoignage arrive à vous convaincre ?

Deux jours après sa garde à vue, Christophe Leroy a pris la parole sur  BFMTV. L’occasion pour le chef cuisinier de faire son mea culpa. « Les policiers voulaient savoir quelles personnalités j’avais servies. Je leur ai dit je n’ai jamais servi de membres du gouvernement depuis les mois passés, jamais, jamais, jamais. Je le dis droit dans les yeux, il n’y a eu aucun membre du gouvernement, pas plus des ministres que des secrétaires d’Etat ou autres », a-t-il ainsi indiqué.

« Bien avant le Covid-19« 

D’après Christophe Leroy, son établissement Leroy’s Business Club n’est pas « un restaurant clandestin ». Il s’agirait ainsi d’ »un club privé » qu’il a créé dans son appartement il y a 18 mois, « bien avant le Covid-19 ». « Je l’ai structuré en juin 2020 et ça a commencé à prendre à la fin de l’année 2020. C’est mon projet de vie, en rien je veux l’arrêter », a-t-il ainsi tenu à préciser.

« On reçoit le matin, le midi, l’après-midi, le soir quand c’était possible, dans un esprit club. Tout ça ce n’est pas fondé. Mon métier c’est l’événementiel, la cuisine, les rencontres, depuis 35-40 ans. (…) J’ai trouvé une formule où je reçois chez moi, je présente des gens, c’est un show-room, un espace de co-working. Il y a des gens qui viennent ici travailler, qui louent un bureau. Et comme mon métier c’est l’art de vivre, la gourmandise, c’est normal que je leur serve quelques plats et quelques mets », a-t-il en effet raconté à l’antenne de BFMTV.

« On paie un forfait minimum de 130 euros pour passer la porte. »

Le cuisinier n’a eu de cesse ensuite de répéter qu’il n’offrait pas de « repas ». « On paie un forfait minimum de 130 euros pour passer la porte, si j’ai validé l’invitation, qu’on mange un plat ou qu’on boive un verre d’eau. Pourquoi? Parce que c’est un lieu où on a internet à disposition, c’est un salon, comme vous seriez dans un lobby de palace. On est à 300 mètres des Champs-Élysées, ce n’est pas gratuit, pourquoi ça le serait? J’ai une clientèle internationale qui vient ici », a-t-il en effet expliqué. Le principe de son club reposerait sur « la rencontre des gens ».

« Pourquoi ce mot restaurant? Pourquoi voir le côté négatif des choses? C’est très français de voir le négatif. Laissons les gens faire des choses. Juridiquement ce n’est pas un restaurant. Tous les documents ont été donnés aux enquêteurs », a-t-il ensuite poursuivi.

« Les clients qui viennent ici ce sont des gens que je connais, de réseau en réseau, c’est comme un parrainage », a-t-il ensuite fait savoir. « En période de Covid-19, il n’y a jamais eu plus de six personnes autour d’une table », dans l’une des trois pièces de l’appartement », a voulu rassurer Christophe Leroy.

« Tous les jours il y a avait du monde »

Entre octobre 2020 et aujourd’hui, « une vingtaine d’événements autour de personnalités et d’écrivains » aurait ainsi été organisés. « Tous les jours il y a avait du monde, deux personnes, quatre personnes, six personnes mais ce ne sont pas des événements », a-t-il par ailleurs indiqué.

« Bien sûr qu’il ne fallait pas faire ce petit événement. »

« J’ai fait une erreur. Avec Pierre-Jean Chalençon, on se parle à 17 heures, le 31 mars. On hésite à annuler, on aurait dû, c’est une maladresse. Bien sûr qu’il ne fallait pas faire ce petit événement, qui était une conférence, et comme je ne sais pas faire autrement je fais goûter des petites choses », a reconnu en effet Christophe Leroy, en référence à la fameuse soirée du 1er avril organisée au Palais Vivienne. « Est-ce-que ça mérite ce tollé médiatique? », a-t-il ensuite lancé.

« C’est ma vie et j’ai de la chance. »

Le cuisinier a assuré que « tant qu’on ne (lui) coupera pas les mains, on ne (l’)empêchera pas de travailler ». « C’est ma vie et j’ai de la chance. Je suis tellement passionné tous les matins, ce n’est pas une épreuve, ça passera comme toutes les autres », a-t-il en effet conclu.

Ce n’est pas le même son de cloche du côté de l’organisation patronale du secteur de l’hôtellerie-restauration, l’UMIH. « Bien sûr on condamne », s’insurge Jean Terlon, vice-président de la branche restauration, interrogé par France Info. « C’est mettre tout le monde en danger, et même la pérennité de son établissement, parce qu’il y aura forcément des peines financières. Et les clients qui vont y manger vont se retrouver avec 135 euros d’amende« , poursuit-t-il ensuite.

« C’est totalement irresponsable de proposer ou d’accepter les demandes de certains clients aussi, parce que les torts sont partagés, indique par ailleurs Jean Terlon. Il y a des clients qui peuvent demander à des amis restaurateurs de faire un petit effort et de leur ouvrir le restaurant… et puis il y a le restaurateur qui a la faiblesse d’accepter. »